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10/06/2010

Le Palais du Parlement à Bucarest

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Cité Interdite, Petite Sirène ou Christ Rédempteur, la plupart des grandes villes ont leur symbole, gravé pour toujours dans notre imaginaire.

Le  Palais du Parlement (ou Maison du Peuple, comme l'appelle encore bien souvent les Bucarestois) est devenu pour maintes et imparables raisons l'emblème de la capitale, et ce malgré les douloureux et toujours vivaces souvenirs liés à sa construction.

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(Bucarest, mai 2010)
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Visible depuis de nombreux quartiers de la ville, on peut difficilement le manquer : L'imposant quadrilatère de 270 sur 240 mètres, d'une hauteur de 86 mètres pour la façade principale, semble littéralement dominer Bucarest.
Cette impression est d'ailleurs largement amplifiée par sa situation au sommet d'une colline et par le dénuement architectonique qui entoure le Palais.
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(c'est par la porte fenêtre, ici ouverte, du premier étage que nous accèderons au balcon, à l'issue de la visite)
 
Avec ses 350 000m² "habitables", le Palais du Parlement est l'un des  bâtiments les plus grands du Monde.
Si l'on s'en tient uniquement à la catégorie bâtiment administratif, il arrive second après le Pentagone.

Haut de 12 étages (à son maximum) et  8 nivaux en sous-sol (dont 4 pas vraiment terminés), le palais compte plus de 1000 pièces, du simple bureau jusqu'au salon d'apparat de 3000m² !

Tout est ici démesuré, à l'image du dictateur mégalomane... et un brin allumé, Nicolae Ceaușescu.

Pour arriver à ses fins, rien n'a semblé en effet l'arrêter, à commencer par la destruction de 520 hectares en plein cœur de Bucarest et l'expulsion de près de cinquante mille personnes. Vingt mille ouvriers (et sept cents architectes) ont travaillé jour et nuit sur le chantier ; des villages entiers ont été mis à contribution pour tisser de fils d'or les milliers de rideaux et tailler le cristal des 4500 lustres ; des carrières de marbres furent totalement épuisées par le million de m3 prélevés !

Mais le plus grave fût bien évidemment le coût de ce délire : On estime qu'entre 1984 (date du début des travaux) à 1989 (celle de la chute du régime), cette fièvre constructrice a englouti tous les ans près de 40% du PIB du pays !

Car il n'y avait pas que la Maison du Peuple ! Cette  dernière n'était que la pièce maîtresse d'un vaste ensemble comprenant d'autres palais, des places et de larges avenues bordées d'immeubles destinés aux fonctionnaires du régime.

Ce projet était un puits sans fond...

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(Immeubles qui font face au Palais)
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Dès les premiers jours du retour à la démocratie, les autorités se demandèrent sérieusement comment gérer ce lourd héritage de constructions à peine achevées.

Il y eu de saugrenues propositions, comme celle de Donald Trump,  prêt à racheter le Palais pour un million de dollar afin d'en faire un casino ! Finalement l'état décida de conserver le tout et d'y loger en premier lieu, comme prévu dès l'origine, le Parlement et le Sénat roumain.

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Loin de moi, vous vous en doutez bien, de vouloir dédouaner les agissements de ce caudillo des Carpates, mais je n'ai pourtant cessé, en parcourant ces immenses salles toutes de marbre, de faire le parallèle avec d'autres époques et d'autres lieux : Car il faut bien reconnaître que la majeure partie des grands monuments que le passé nous a légué sont bien souvent, eux aussi, le fruit de la volonté d'un seul homme (roi, tyran ou les deux), au faîte de sa gloire et de sa puissance, que le surcoût pour les caisses de l'Etat ou l'affliction du petit peuple affectent peu.

Et toujours à sa décharge, j'ajouterais enfin que ce palais, conçu  dès l'origine pour abriter toutes les instances de l'état  (il faut reconnaître que l'impressionnant pavé ne ressemble pas vraiment à une résidence secondaire, de charme ou d'agrément), est constitué à 100% de matériaux roumains, des sols aux plafonds : C'était là le souhait du despote constructeur et il semble bien qu'une bonne partie de la population soit d'ailleurs maintenant plutôt fière de cette construction labelisée "patriotique" !

Trêve d'excuses ; imposer à tout un peuple de tels sacrifices à la veille du 21eme siècle, il y avait comme un léger problème dont le régime paiera vite le prix fort. 

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(Info ou intox, le Palais bruisse évidemment de mille légendes, comme celle de tel escalier majestueux refait plusieurs fois pour parfaitement adapter la hauteur des marches à la petite taille du président-dictateur complexé, ou encore de ces croix discrètement dissimulées dans les mozaïques des sols à son insu.
C'est aussi depuis le balcon du Palais que Michael Jackson aurait lancé, à l'occasion de son "Dangerous Tour" de 1992 le fameux et maladroit "Hello Budapest ! ")
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(Bucarest, mai 2010)
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(La "salle de bal" de 3000m² et sa verrière coulissante à 14 mètres au dessus du sol)
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(J'avoue que les très rares pièces décorées de mobilier "de style" sont à la limite du bon goût... )
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(Les signes religieux étaient évidemment bannis de tout le bâtiment. Quand Costa Gavras vint tourner ici en 2002 quelques scènes de son film "Amen", il "décora" tout un vestibule. Ce décor est resté en place... )20.jpg
(Bucarest, mai 2010)
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(L' Avenue de l'Union, longue de 3,2km, déroule son impressionnante perspective devant le Palais)
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C'est depuis le balcon du premier étage que le dictateur s'adressera aux Roumains pour la dernière fois.
Hué par la foule, il ne peut terminer son discours, ce 21 décembre 1989. Le lendemain midi, un hélicoptère décollera du toit du palais avec à son bord le couple présidentiel : Helena et Nicolae n'ont  plus que quelques heures à vivre...
Après un procès expéditif, ils sont exécutés le jour de Noël.
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(Bucarest, mai 2010)
C'est là le dernier article sur mon petit séjour en Roumanie.
Si le coeur m'en dit, je vous proposerais d'ici quelques semaines une autre série de posts, cette fois sur la ville d'Istanbul, ou j'ai passé une semaine durant ce même mois de mai... 

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